L'Isla del Sol se traverse presque entièrement par un sentier de crête qui relie Challapampa, au nord, à Yumani, au sud. Il n'existe qu'un seul chemin principal, difficile à manquer, mais le relief et l'altitude méritent d'être pris au sérieux. Entre 3 810 m au niveau du lac et plus de 3 950 m aux points hauts du sentier, chaque montée se paie en souffle court. L'île est habitée depuis des siècles par des communautés qui vivent de l'agriculture en terrasses, de la pêche et, de plus en plus, du tourisme organisé à tour de rôle entre les trois principales communautés : Challapampa, Cha'llapampa au centre et Yumani au sud. Comprendre ce découpage aide à voyager sans heurter les usages locaux.
Comment rejoindre le point de départ
La plupart des visiteurs arrivent en bateau depuis Copacabana, avec un départ matinal (généralement entre 8h et 8h30, à vérifier la veille au port) qui dépose les passagers à Challapampa, sur la pointe nord, en un peu plus d'une heure et demie. Un second bateau, plus tardif, rejoint directement Yumani au sud sans passer par le nord : c'est celui qu'il faut éviter si l'on veut faire la traversée complète. Le billet aller simple coûte autour de 25 à 30 bolivianos, à régler en espèces au guichet du port. Il est utile d'avoir des petites coupures, le change étant rare sur l'île.
Le tronçon nord : Challapampa et le site inca
Depuis le débarcadère de Challapampa, un chemin de sable mène en 20 minutes au musée communautaire et à l'entrée du site archéologique de Chincana, point d'accès payant (environ 10 bolivianos, perçus par les communautés locales qui gèrent le site à tour de rôle). Les ruines, labyrinthe de petites pièces de pierre sèche, sont attribuées à l'époque inca et marquent, selon la tradition locale, le lieu de naissance mythique du Soleil. Compter une heure sur place avant de rejoindre le sentier principal qui grimpe vers la crête centrale.
La crête centrale : le cœur de la randonnée
La montée depuis Challapampa jusqu'au sommet de la crête (autour de 3 950 m) est le passage le plus exigeant de la journée, surtout les premiers jours après l'arrivée en altitude. Le sentier, large et bien tracé, longe ensuite la ligne de crête sur plusieurs kilomètres avec une vue dégagée sur les deux rives du lac et, par temps clair, sur la cordillère Royale enneigée à l'est. C'est le tronçon le plus photogénique, mais aussi le plus exposé au soleil : il n'y a presque aucune ombre entre 10h et 16h. Plusieurs petits postes tenus par des familles locales demandent un droit de passage symbolique (2 à 5 bolivianos), correspondant à des portions de terrain appartenant aux communautés traversées. Ces paiements, fixés collectivement, financent l'entretien du sentier.
Au moins 1,5 litre d'eau par personne, crème solaire forte, chapeau, petites coupures de monnaie bolivienne pour les droits de passage et les snacks vendus en chemin. Il n'y a pas de point d'eau potable fiable sur le sentier.
Le village central et les variations de niveau
Vers le milieu du parcours, le sentier traverse ou longe le village central de Yumani supérieur (parfois nommé Cha'llapampa selon les cartes), où quelques tables proposent soupe, truite grillée ou pain frais. C'est une bonne pause avant la dernière section. Le dénivelé cumulé sur l'ensemble de la traversée reste modéré en distance absolue, environ 300 à 400 m de montée cumulée, mais l'altitude rend chaque faux plat plus fatigant qu'en plaine. Compter 3 à 4 heures de marche effective, hors pauses, pour les 10 km du tracé.
L'arrivée à Yumani et l'escalier de l'Inca
La dernière descente vers Yumani, au sud, se fait par un escalier de pierre ancien, souvent attribué à l'époque préhispanique, qui longe une source d'eau considérée comme sacrée par les habitants. Les marches, inégales, demandent de l'attention en fin de journée quand les jambes sont fatiguées. Yumani concentre la majorité des hébergements simples de l'île, pensions familiales tenues à tour de rôle par les foyers de la communauté, avec des prix fixés collectivement autour de 50 à 80 bolivianos la nuit en chambre simple. Le dernier bateau pour Copacabana part généralement en début d'après-midi, autour de 13h30 à 15h30 selon la saison : il faut vérifier l'horaire du jour au débarcadère dès l'arrivée, sous peine de devoir passer la nuit sur place.
Quand partir et quelles précautions prendre
La saison sèche, de mai à octobre, offre un ciel généralement dégagé mais des nuits très froides, parfois sous zéro en altitude. La saison des pluies, de décembre à mars, rend le sentier glissant par endroits après les averses de l'après-midi. Dans tous les cas, l'exposition au soleil est intense à cette altitude, même par temps frais. Il est recommandé d'avoir passé au moins une nuit à Copacabana ou La Paz avant la traversée pour limiter les effets du mal aigu des montagnes, qui se manifeste par des maux de tête ou un essoufflement inhabituel. L'île ne dispose pas de centre médical permanent : en cas de symptôme sérieux, il faut redescendre vers Copacabana par le premier bateau disponible.
